June 6, 2012

JUNKO

Masayoshi URABE

“Swing Low, Sweet Silence”

Label : An’archives

CD ltd to 300 copies

3 silkscreened panels (fold out) with obi and insert

printed by Alan Sherry

OUT OF PRINT


 

“ Swing Low, Sweet Silence”

Recorded live on september 29, 2004  at Super Deluxe, Tokyo, during the 20th anniversary celebration night of PSF and Alchemy labels.

Even the less skilled orator, even the worst speaker can give substance to the sounds coming out of their mouth, whether it be ramshackle, aphasic or even frigid” Jean-Jacques Lebel « Poésie en Action », Loques/Nèpe.

Here, on this record, the screamer and the whisperer sail away toward the worst, expelling from their bodies shredded songs whereon our senses shatter. Such a poetic extremity is not drawn from the cultural landscape, but from the breath of the living world. Raw poetry or a poetic racket made of copper whispers and screams of terror, erotic glossolalia and ramshackle choirs. They stand like two narrators, burnt in the hullabaloo of an infinitely melancholic melody, dislocating in great devouring rests, tuning back to an unheard of pitch, swirling in close combat. Tightrope walkers dancing above our inner abyss. lovers call and respond in the electric night.

Masayoshi Urabe. Lips split in two by the alto sax. Bag full of burning air blowing into brass. Dancing hysterically in the sound. When he plays the heavens are forced to lie at his feet, our listening experience swinging, spitting sticky melodies until beauty lies exhausted. He walks on the wild side to reach asphyxia, ending breathless, as testified by the recording. A brother only to Kaoru Abe and Albert Ayler. The same tragedian, the same single jealous chord to go swinging in sound. His art is reminiscent of a sonic Seppuku, splitting his body in half as well as our understanding. Sublime and tragic, with a murky erotic charge. Nothing remains after the music fades but a burning fire.

Junko is like a white shade after Hiroshima. Her overexposed diaphanous body, her scream, miles away from the hysteria of other yellers in the noise music landscape. It is just terror, or call it beauty. She almost appears disconnected from herself, as if her voice were detached from her body, each evolving in a separate space. Her punctured tongue giving access to the unutterable and  unspeakable. Dyslexic, monstrous voice, rising to inhuman high pitches, held on the threshold of auditory pain, almost endlessly. Junko’s scream recalls the phrasing of free music saxophonists, a common musical naivety devoid of academicism and technique. Her voice is her own erotic body, her “music”, to quote Mishima.

Voice and alto sax magnetically unite under the white lights of the stage, abolishing space and time like lovers do. Bound to one another in a beautiful confusion of timbres, whispers, phrases and stories.

A story of noise and fury told by two idiots

Michel Henritzi 

Translated by Jean Noël Rebilly, Fergus Cullen and Graham

Enregistré à Super Deluxe, Tokyo, lors de la soirée anniversaire pour les 20 ans des labels PSF et Alchemy.

‘Même le plus mauvais orateur, même la pire diseuse donne du ‘corps’ fut-il déglingué, aphasique voire frigide – aux sons qui sortent de leurs bouches.

‘ Jean-Jacques Lebel ‘Poésie en Action’, Loques/Nèpe.

Là sur ce disque la crieuse et le souffleur ont mis le cap au pire, expulsant de leurs corps des chants déchiquetés où s’abîment nos sens. Un tel extrême poétique, n’appartient pas à la chose culturelle, mais au souffle du vivant. Poésie brute ou vacarme poétique, fait de souffles cuivrés et de cris de terreur, de glossolalies érotiques et de chorus déglingués. Ils sont comme deux récitants brûlés dans le charivari d’une ritournelle d’une infinie mélancolie, se disloquant dans de grands silences dévorants, s’accordant dans un aigu inouï, corps à corps. Funambules dansant au-dessus de nos gouffres intérieurs. Un homme et une femme se répondent dans la nuit électrique.

Masayoshi Urabe, lèvres fendues au sax alto, sac d’air brûlant embouché à l’instrument cuivré, lui dansant malade dans le son. Quand Urabe joue, il met le ciel sous ses pieds, notre écoute basculant, crachant ses mélodies poisseuses jusqu’à l’épuisement du beau. Il marche du coté de la ‘ wild side ‘ jusqu’à l’asphyxie, à bout de souffle, et ça s’entend. Pas d’autres frères que Kaoru Abe et Albert Ayler, un même tragique, une même corde jalouse pour se balancer dans le son. Son art est semblable à un seppuku sonique, ouvrant son corps et notre entendement en deux. Sublime et tragique, d’un éros trouble. Il ne reste rien après quand la musique se tait, un feu brûlant.

Junko est comme une ombre blanche après l’explosion de Hiroshima, corps diaphane surexposée, son cri n’a rien de l’hystérie d’autres hurleurs de la musique noise, juste la terreur ou appellez ça la beauté. Elle semble comme détachée du cri, comme si sa voix était décollée du corps, séparée. Langue trouée ouvrant sur l’indicible, l’innommable. Voix dyslexique, monstrueuse, montant dans des aigus inhumains, tenus au seuil de la souffrance auditive, presque sans fin. Le cri de Junko a le phrasé des saxophonistes de la free music, une même évidente musique, débarassée des académismes et de la technique. Sa voix est son corps érotique, sa ‘musique’ pour reprendre Mishima.

Voix et saxophone alto aimantés dans les lumières blanches de la scène, abolissant l’espace et le temps comme deux amants. Liés l’un à l’autre dans une belle confusion des timbres, des souffles, des phrases et des histoires. Une histoire de bruit et de fureur racontée par deux idiots.

Michel Henritzi

Advertisements